Chère Lois L.,
Pour vous, je déroge exceptionnellement à ma règle numéro 1 : ne chroniquer que des ouvrages récents. Mais le choc que j'ai ressenti à la lecture du Passeur m'a imposé d'emblée l'écriture de cette lettre. Dans ce roman destiné aux adolescents, vous avez créé une société futuriste qui semble respirer le bonheur et la paix : tout est étudié finement et réglé au millimètre près pour assurer le bon fonctionnement de la société. On prend sa pilule hormonale chaque matin pour ne pas avoir à analyser ses propres pulsions, on va à l'école, en stage ou au boulot, on confie ses rêves à ses proches ; et puis quand on a fait notre temps, on a le droit à une belle et émouvante cérémonie d'"élargissement"... Mais une population en paix est-elle forcément heureuse ? Peut-être, si l'on omet que ces personnes ne voient pas les couleurs, ne connaissent pas l'immense diversité des sentiments humains, n'ont pas accès à la mémoire collective. J'ai trouvé dans votre roman fantastique beaucoup de philosophie, et j'ai choisi de le ranger avec mes meilleurs romans pour adultes.
Bien cordialement,
Lucie S.
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